Saturday, December 11, 2004

La dette extérieure invisible de l’Occident (Français)

Comme beaucoup de monde, j’ai ressenti, au niveau personnel, l’impact des événements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis d’Amérique. Comme beaucoup de monde aussi, ces événements m’ont fait réfléchir et chercher inspiration au sujet des causes profondes et des suites possibles relatives à ces événements. Mais mes réflexions et mes inspirations ne me mènent apparemment pas aux mêmes considérations que beaucoup de monde, du moins parmi le peu qui m’est accessible par les medias. Ce sont ces considérations que je voudrais partager ici.


Dette de l’Occident

LA DETTE EXTERIEURE INVISIBLE DE L’OCCIDENT
(Click here for the English version)

Il y a une mystique naturelle qui souffle dans l’air.
Si tu écoutes bien, tu l’entendras.
Ça pourrait être la première trompette,
ou tout aussi bien la dernière.
Beaucoup d’autres devront souffrir,
beaucoup d’autres devront mourir.
Ne me demande pas pourquoi.
Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient.
Je ne te dirai pas de mensonge.
- Bob Marley - “Natural Mystic”, 1977


Comme beaucoup de monde, j’ai ressenti, au niveau personnel, l’impact des événements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis d’Amérique. Comme beaucoup de monde aussi, ces événements m’ont fait réfléchir et chercher inspiration au sujet des causes profondes et des suites possibles relatives à ces événements. Mais mes réflexions et mes inspirations ne me mènent apparemment pas aux mêmes considérations que beaucoup de monde, du moins parmi le peu qui m’est accessible par les medias. Ce sont ces considérations que je voudrais partager ici.

L’Occident

Mon nom est Djalòki. Je suis Ayitien. Bien que ma culture soit significativement marquée par la culture européenne qui en constitue une des trois racines principales, je ne suis pas, culturellement parlant, un Occidental. Les deux autres racines importantes de ma culture - la racine africaine et la racine “amérindienne”, ou plus proprement dit : celle des Peuples Originaires des Soi-disant Amériques - que je pourrais qualifier de racines primordiales ou racines indigènes, sont encore plus significatives dans ma mentalité et ma perception de la réalité “objective”. De même, ma constitution génétique, qui inclut pourtant une quantité non négligeable de gènes de souche européenne, ne fait de moi un Européen par aucun standard. Cela ne m’empêche pas de me sentir proche, sinon apparenté, à mes cousines et cousins occidentaux. Et je dois avouer, que pour l’instant, mon mode de vie est très influencé par le monde occidental, plus par adaptation à un système dominant dans lequel je veux survivre que par choix délibéré. Ceci dit, je reconnais que je jouis de certains effets et produits de la technologie occidentale à un degré limité. Par conséquent, tant que je ne m’en serai pas départi complètement, j’assumerai aussi ma responsabilité partielle dans la destruction et le mal engendrés par cette technologie.
Mais quand je parle d’Occidentaux, je me réfère à des personnes, des communautés et des institutions qui se considèrent elles-mêmes Occidentales modernes civilisées, ou qui voudraient le devenir, et qui pensent et agissent en conséquence, qu’elles soient d’ailleurs d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Amérique Latine, d’Afrique, d’Asie ou d’ailleurs.

Pour pouvoir exposer mes réflexions au sujet des événements du 11 septembre 2001, il me faut d’abord présenter quelques traits, propres à mes racines culturelles primordiales - donc non occidentales - qui constituent les fondations de ces réflexions. Pour cette circonstance, je dois laisser les aspects primordiaux de ma culture globale passer au premier plan de ma conscience, pendant que le génie occidental en moi reste à l’arrière plan, en demi-sommeil, juste assez animé pour me permettre d’utiliser un vocabulaire compréhensible des Occidentaux. A partir de ce point, c’est mon génie primordial qui est prépondérant dans ma parole.

Les Invisibles

Nous tenons de nos Anciens, qui eux-mêmes le tiennent de nos Ancêtres, que la Source Divine a créé plusieurs mondes, en relation les uns avec les autres. Vue de notre perspective humaine, il y a, en particulier, le monde visible, dans lequel les Humains vivants évoluent consciemment, et le monde invisible, où évoluent les Ancêtres et les Esprits, et où les Humains font des incursions fréquentes, le plus souvent inconsciemment. Sans entrer dans une description de ce que sont les Esprits, disons, pour le moment, qu’ils correspondent plus ou moins, en termes occidentaux, aux énergies immatérielles dont les effets peuvent être perçus par les Humains aux niveaux physique, émotionnel, mental ou psychique, tels que les humeurs, les émotions, les archétypes ou les forces naturelles.

Les mondes visible et invisible sont en très étroite relation. En particulier, tout ce qui existe et tout ce qui se passe dans le visible est intimement lié à son correspondant dans l’invisible. Cependant l’invisible est beaucoup plus grand et beaucoup plus varié que le visible. Toujours de notre perspective, la Source Divine elle-même semble appartenir au monde invisible. Pour la simplicité de ce texte, et sauf indication contraire, nous nommerons “les Invisibles” tous les Êtres du monde invisible, y compris la Source Divine elle-même.

Principe d’équilibre

Selon nos Anciens, un des principes les plus importants de la Création est le Principe d’Equilibre. Il s’agit d’un principe très élaboré que nous n’allons pas exposer ici en détails; nous nous contenterons de la notion intuitive que la lectrice ou le lecteur en a. Tous les aspects de la Création fonctionnent continuellement selon ce principe.

Une particularité des Humains est qu’ils jouissent du Libre Arbitre, qui leur permet, en apparence, de se soustraire momentanément à ce principe. Mais cela enclenche une série de réactions qui ont pour but et pour effet de rétablir l’application du Principe d’Equilibre. En général, les Humains et les communautés qui connaissent ce principe prennent énormément de soins à le respecter et l’appliquer dans toutes leurs activités. Le Principe concerne toute la Création, de manière multidimensionnelle. Mais pour pouvoir le comprendre et l’appliquer, les Humains ne peuvent considérer simultanément qu’un nombre limité de d’aspects à la fois. L’approche la plus simple et la plus courante est de considérer l’équilibre entre 2 aspects de la Création, par exemple l’équilibre entre le monde visible et le monde invisible. Les Primordiaux sont des gestionnaires méticuleux de cet équilibre et cela détermine leur manière d’interagir avec leur environnement à tous les niveaux : depuis les sciences astronomiques dans lesquelles certains Peuples Primordiaux sont des experts, jusque dans l’artisanat, en passant par une panoplie de sciences traditionnelles s’occupant des équilibres au niveau planétaire, pour les minéraux, les plantes, les animaux et les Humains, au niveau des Nations et des Peuples, au niveau des tribus et des clans, au niveau des familles, des groupements divers, des activités de production, des loisirs, de l’éducation, de la santé, des rituels, au niveau individuel, etc…

Comptabilité invisible primordiale

Plusieurs technologies traditionnelles sont utilisées par les Primordiaux pour gérer l’équilibre entre le visible et l’invisible. Cela dépend de la nature et de la cause du déséquilibre potentiel. Quand, par exemple une action appartient essentiellement au domaine visible, il faut sciemment inviter l’invisible à y participer pour l’équilibrer.

Une manière de procéder à cette invitation est de faire un sacrifice. Je me réfère ici au sens premier du terme “sacrifice” : offrande à une divinité; autrement dit : offrande aux Invisibles.
Dans plusieurs langues occidentales, le terme “sacrifice” vient de deux racines latines : sacer (= sacré) et facere (= faire). Le premier sens du terme “sacré” est : relié au Divin. Le sens éthymologique de “sacrifice” est donc : qui fait relier au Divin; autrement dit : qui relie (un acte visible / profane) aux Invisibles. Si nous combinons les deux définitions que nous avons, nous pouvons dire qu’un sacrifice est une offrande qui relie un acte profane aux Invisibles. C’est un moyen d’équilibrer l’acte en question.

Il n’est pas encore question ici ni du sens suggérant la privation ou la mortification, ni du sens suggérant la perte d’une ressource de valeur - y compris une vie humaine ou animale - en échange d’un avantage quelconque. En ce sens un sacrifice peut être une invocation, une prière, un cadeau en nature, un rituel ou une cérémonie. C’est un acte qui s’adjoint à l’acte profane pour le sacraliser et le rééquilibrer par la même occasion. Avant de boire, nous jetons quelques gouttes sur le sol pour nos Ancêtres. Avant de manger, nous demandons aux Invisibles de bénir et de charger notre nourriture en énergie vitale. Avant de nous adresser à un auditoire, nous saluons les Invisibles avec honneur et respect. Avant de planter, nous demandons aux Invisibles de nous assister et de superviser notre action. Avant de cueillir, nous remercions les Invisibles de nous permettre d’utiliser la force guérisseuse d’une plante pour notre propre équilibre. Avant de nous installer quelque part, nous invitons les Invisibles à s’y installer avant nous et à cohabiter avec nous. Avant de voyager, nous demandons permission et protection, etc… D’une manière générale, avant d’utiliser des ressources de notre environnement, nous faisons une offrande aux Invisibles et leur demandons de sacraliser notre acte profane.

La dette extérieure invisible

Tant que les sacrifices sont faits, l’équilibre entre le visible et l’invisible est maintenu. Quand survient un oubli ou une négligence, un acte est alors commis dans le visible sans sa contrepartie invisible. Un déséquilibre est créé et ceux ou celles qui ont commis cet acte sont responsables de ce déséquilibre jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli. Il s’agit en quelque sorte d’une dette invisible des responsables envers les Invisibles. Plus ces responsables ont une fonction touchant la collectivité dans leur communauté, plus la dette sera partagée par la communauté dans son ensemble. C’est-à-dire que la responsabilité de cette dette peut aussi être indirecte, mais pas moins effective.

La douleur

Les shamans connaissent bien le monde invisible et s’y rendent consciemment, à volonté. Une des fonctions principales des shamans dans les sociétés primordiales est de veiller à l’équilibre entre le visible et l’invisible et d’aider la communauté à rétablir cet équilibre en cas de dérive. Quand la dette extérieure invisible communautaire s’accumule, les shamans perçoivent le besoin de rééquilibration. A leur instigation et sous leur supervision, les sacrifices nécessaires sont faits. Mais à ce stade, les petits sacrifices ordinaires, appropriés pour la gestion individuelle, ne sont plus suffisants pour éponger la dette extérieure collective, qui, d’une certaine façon, a aussi accumulé des intérêts. Il faut effectuer des rituels de réharmonisation et de guérison. Parfois, la douleur est inévitable à cause de sa capacité à créer une soif du secours divin, non seulement au niveau de notre psyche profonde, mais aussi au niveau conscient, qui nous force à appeler intentionnellement et sciemment les Invisibles à l’aide. C’est la force de cette intention qui peut contrebalancer la responsabilité de la dette que nous avons contractée. Un simple geste machinal et sans investissement personnel, aussi impressionnant et majestueux soit-il, ne saurait faire l’affaire. En ce sens, la douleur est parfois une forme de sacrifice en soi, toujours dans le sens de relation aux Invisibles. Un sujet intéressant à investiguer serait cette obsession des Occidentaux à vouloir éliminer la douleur dans leur vie. Mais ce n’est pas notre propos.

Notez que même à ce degré, un sacrifice douloureux n’implique pas de versement de sang ou de perte de vie. Cependant, les qualités et les fonctions du sang peuvent venir renforcer puissamment les effets de la douleur sacrificielle. Nous atteignons ici un stade très délicat et difficile, qui demande parfois aux Occidentaux modernes une bonne dose d’ouverture d’esprit et parfois même d’humilité, pour mettre de côté pendant un instant les conceptions culturelles qu’ils ont à propos du sang. Ne me méprenez pas : je ne prétends aucunement vous amener à comprendre complètement, et encore moins à accepter, en quelques mots, les conceptions primordiales au sujet du sang. Je vous demande seulement de réaliser que les vôtres sont propres à votre culture, qui est relativement jeune. Je vous demande aussi d’essayer d’approcher ce que je présente ici, non seulement avec votre intellect rationnel, mais aussi avec cette faculté de perception intuitive directe, qui tient plus de l’émotion que de la pensée pure, et dont vous êtes très certainement doté, de même que je le suis.
Beaucoup d’entre nous, non Occidentaux, tenons de nos Ancêtres, qui eux le tiennent des Invisibles, que le sang est le siège physique principal de l’âme humaine. Je n’essayerai pas de prouver ici cette affirmation. Vous pouvez la considérer ou la rejeter comme vous le jugez approprié, mais sachez que de nombreux sages et scientifiques non Occidentaux la considèrent comme une vérité. En sachant cela, vous pouvez vous faire une idée de l’importance que peut revêtir la présence du sang dans une activité destinée à invoquer les Invisibles et à communiquer avec eux.

Facturation et recouvrement de créances

Si les shamans ne font pas leur travail, ou si la communauté ne les écoute pas, ou pire encore, si il n’y a plus de shaman dans la communauté, les sacrifices communautaires ne sont pas faits et la dette extérieure invisible s’accumule encore plus. Et un jour les Invisibles demandent des comptes : les créanciers envoient une facture.

Pour communiquer avec nous, les Invisibles s’adressent à notre aspect qui est en contact avec eux : notre supraconscient qui, paradoxalement, opère en étroite collaboration avec notre subconscient, et parle le même langage que lui. Notre subconscient joue le double rôle de messager et d’interprète entre notre supraconscient et les Invisibles d’une part et notre conscience objective d’autre part. Le langage de notre subconscient s’exprime en images symboliques, analogiques et multidimensionnelles, comme on peut le constater dans les rêves. Mais il ne s’agit pas ici de rêve. Pour nous signifier qu’il a reçu une facture d’impayés extérieurs accumulés, notre subconscient va créer une situation qui reproduit symboliquement, analogiquement et multidimensionnellement la dette (le sacrifice) demandée par les Invisibles. Il va s’agir d’une situation bien réelle, mais qui constitue par exemple une image en dimensions réduites du sacrifice final. Et comme il s’agit d’une dette communautaire, cette image sera publique, accessible à tout le monde. Il peut être très intéressant, et très instructif, pour les Occidentaux qui savent et aiment interpréter les rêves au niveau individuel, d’analyser les grands événements qui marquent la vie publique de leur collectivité avec les mêmes méthodes qu’ils utilisent pour les rêves.

A la notification de la facture, la communauté a encore le loisir, si elle comprend le message, de reprendre le dossier en main et de s’en acquitter en réalisant elle-même ses sacrifices. Ceux-ci seront probablement très douloureux certes, mais avec une relative flexibilité dans le choix de la nature et de la forme de cette douleur, avec pour effet de limiter les “pertes” et surtout, de permettre à la communauté de se préparer psychologiquement à ces sacrifices pour les effectuer sciemment, en connaissance de cause et en en assumant l’entière responsabilité. Ces sacrifices sont ainsi “rentabilisés” au maximum et une éventuelle banqueroute ultime peut être évitée.

Si, après avoir négligé les sacrifices anodins quotidiens, après avoir fait la sourde oreille aux avertissements des shamans et après avoir ignoré ou mal interprété le signal des Invisibles, cette communauté ne s’acquitte toujours pas de sa dette, alors les créanciers se paient sans autre forme de procès. En d’autres termes, le sacrifice se réalise sans avoir été sciemment décidé et planifié; il est subi de gré ou de force. Et les modalités de paiement ne sont plus négociables à ce stade. Il y a de grands risques que ce sacrifice soit non seulement extrêmement douloureux, mais éventuellement fatal pour la communauté débitrice, particulièrement si celle-ci est trouvée non solvable. Auquel cas la seule offrande capable de répondre au montant exigé est l’âme de la communauté elle-même, qui doit être rendue à l’invisible d’où elle provient et dont elle a été maintenue à l’écart pendant trop longtemps, à cause des négligences de ses gardiens Humains.

La dette extérieure invisible de l’Occident moderne

Il y a une dizaine de milliers d’années, les Ancêtres culturels des Occidentaux modernes se sont progressivement écartés de la vision primordiale pour se “civiliser”. Une nouvelle culture était née, très différente de toutes les autres présentes sur la Terre, avec, entre autres particularités, qu’elle perdait de plus en plus son contact avec les Invisibles et ne s’occupait plus de l’équilibre de la Création, pas même entre le visible et l’invisible. Le contact s’est complètement rompu pour la collectivité, à la Renaissance, quand la religion a dû laisser la science faire cavalier seul et prendre progressivement les rennes des affaires communautaires.
Cela nous mène à un premier constat.

Premier constat : Le monde occidental néglige l’équilibre visible/invisible depuis longtemps.

La notion première du sacrifice, à savoir : une offrande faite aux Invisibles pour sacraliser un acte profane, est reléguée aux oubliettes obscures de la mémoire tronquée du monde occidental. Je dis mémoire tronquée car les Occidentaux regroupent tout ce qui précède l’apparition de l’écriture chez leurs Ancêtres sous le vocable “préhistoire”, et le citoyen moyen de la rue a une idée très erronée de la préhistoire. Il pense en général que tous les Humains préhistoriques étaient des êtres mentalement inférieurs à ce qu’il est lui-même. On ne lui apprend pas, ou en tous cas il ne retient pas de son apprentissage, que l’Etre Humain, à son degré d’évolution mentale actuelle, vit sur Terre depuis dix fois plus de temps que n’existe la civilisation occidentale, et que, nombre de ces Humains préhistoriques vieux de 100 000 ans, classifiés Homo Sapiens, étaient probablement (statistiquement) plus intelligents que lui (le citoyen moyen de la rue), selon ses propres critères. Je dois être honnête et reconnaître que beaucoup d’universitaires occidentaux ont une bien plus correcte connaissance du passé lointain de leur culture. Cependant je ne les entends pas poser la question de savoir pourquoi, s’ils étaient aussi équipés intellectuellement que leurs descendants d’aujourd’hui, leurs Ancêtres sont restés aussi longtemps sans se “civiliser”, mais en conservant les équilibres autour d’eux, et pourquoi, une fois “civilisés”, ils en sont arrivés à détruire tant d’équilibres et tant de formes de vie en si peu de temps, au point de mettre les grands processus régulateurs de la planète en danger.

Il est vrai que le sacrifice n’est pas une technologie civilisée…

Il est vrai aussi que les shamans ne se rencontrent que chez les Peuples préhistoriques, ou contemporains, mais guère plus “évolués”…

La mémoire courte de l’Occident lui fait confondre ses propres Ancêtres - brillants astronomes, chirurgiens, sociologues et théologiens - avec des primates frustes et galeux. Aucun aïeul antérieur à - ou même contemporain de - Ur et Babylone ne peut apprendre quoi que ce soit digne d’intérêt à un Occidental moyen, si ce n’est pour alimenter sa curiosité condescendante pour des pratiques considérées comme superstitieuses (au fait, superstition = croyance au pouvoir de forces invisibles…).
Nous continuons à faire des constats.

Deuxième constat : Le monde occidental ne pratique plus les sacrifices communautaires conscients depuis longtemps.

Troisième constat : Le monde occidental n’écoute plus ses shamans depuis longtemps.
(Heureusement ceux-ci n’ont pas encore complètement disparu.)

Les trois premiers constats nous mènent à penser que la dette extérieure invisible du monde occidental s’accumule probablement depuis des centaines, voire des milliers d’années, sans être équilibrée dans l’invisible.

Mais quelle est donc cette dette ?

La réponse est simple et effrayante: tout ce que les Occidentaux ont pris pour leur compte, déséquilibré autour d’eux, et détruit, directement ou indirectement, depuis des millénaires d’exploitation à outrance, d’expansion aveugle et de développement vorace.
Nous pouvons formuler un quatrième constat.

Quatrième constat : La dette extérieure invisible du monde occidental est faramineuse.

Une révision de ces quatre constats nous fait tout de suite penser à une possible notification de facture par les Invisibles. Cette notice serait reçue et exprimée par le subconscient collectif. Elle pourrait se traduire par un événement public qui représenterait symboliquement, ou en modèle réduit, le sacrifice qui est attendu du monde occidental. Un événement douloureux qui forcerait les Occidentaux à se tourner vers leur Dieu, et qui en même temps leur indiquerait les offrandes à faire pour s’acquitter de leur dette. En bref une catastrophe ou une tragédie qui s’adresserait simultanément à leur psyche collective profonde et à leur patrimoine tangible.

La tragédie

Et si le 11 septembre était un signal des Invisibles ?

Et si Ben Laden, les Talibans, les intégristes musulmans, les terroristes, la C.I.A., le conflit israélo-palestinien, l’élection frauduleuse de Georges W. Bush, les tours du World Trade Center, le Pentagone, et tous les éléments de la tragédie n’étaient que des outils utilisés par le subconscient collectif occidental, comme un décor de théâtre, ou mieux encore comme dans un rêve, pour indiquer à la conscience collective que la facture a été envoyée par les Invisibles ?

Et si cette tragédie, si traumatisante et si destructrice, n’était qu’une image réduite, qu’une petite éraflure en regard de ce qui attend peut-être l’Occident, si celui-ci ne réagit pas assez vite et dans le bon sens ?

Le sacrifice

Mais l’Occident est-il prêt à se ressaisir rapidement ? Est-il prêt à faire lui-même le sacrifice ? Ou préfère-t-il attendre que les Invisibles s’en occupent eux-mêmes ?

Et puis d’ailleurs, quel est ce sacrifice attendu des Occidentaux ?

La réponse est à la hauteur de celle concernant la dette: simple et effrayante. Il est demandé à l’Occident un changement radical d’habitudes et d’attitudes qui violent le Principe d’Equilibre, ainsi que des offrandes onéreuses.

Les habitudes et attitudes à changer, bien qu’innombrables à lister, ne sont pas difficiles à identifier (sans ordre préétabli): l’arrogance chronique, l’exploitation sans scrupules, la déification du profit et de l’argent, l’expansionnisme, le matérialisme, le consumérisme, l’hypocrisie et le mensonge institutionnels, le racisme, le sexisme, le classisme, l’obscurantisme, l’impérialisme, le monnayage de la terre, de l’espace, de la nourriture, de l’habillement, de la santé, de l’éducation, de la sécurité, de l’entraide, de la dignité, du sacré, de la vie, le non respect des lois naturelles, des cycles, des équilibres, des Humains, des communautés, des Anciens, des Ancêtres, des Esprits, etc… Et nous pourrions continuer pendant de longues lignes encore…

Comprenez bien qu’il n’est pas dans mon intention d’ignorer les innombrables actions, empreintes de respect, de beauté et de grandeur, entreprises par beaucoup d’Occidentaux. Mais je constate que la résultante générale de l’action de l’Occident, comme un tout, sur notre planète, est tout sauf respectueuse, belle et grande.

Les offrandes aussi sont faciles à identifier. S’ils veulent s’amender, les Occidentaux devront tout simplement avoir à se défaire, et se passer dans l’avenir, des “bienfaits” de leur technologie désacralisée : la production en masse, les matériaux non recyclables aussi vite qu’ils sont produits, les énergies non renouvelables, les gadgets, les machines, les produits et les processus non durables ou qui perturbent l’environnement et la santé des espèces végétales et animales, ainsi que des Humains, dans leur fabrication, leur utilisation ou leur rejet après utilisation, etc…

Oui, comme on pouvait s’y attendre, le prix est aussi faramineux que la dette. L’Occident est-il disposé et prêt à le payer ?
S’il ne le paie pas, alors les Invisibles viendront sans doute récupérer eux-mêmes leur dû. Et il y a des risques que le débiteur ne soit pas solvable. Ce sera alors la banqueroute totale du système, causant éventuellement son extinction (le retour de son âme au monde invisible). La balance de la dette sera collectée sur le monde non occidental qui, une fois de plus, devra payer pour nos soeurs et frères de l’Occident.


~ Djalòki ~
Port-au-Prince, Ayiti - Octobre 2001

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